Le cinéma de la Gare a échappé à la malédiction clamartoise de la vieille télé qui implose.
Il accueille désormais les DVD sur un écran toujours très cathodique mais de plus grande taille (en biais on doit bien arriver à 70 cm).
Le retapissage des sièges est envisagé au cours du présent millénaire.
28 mai 2005
25 mai 2005
L’impératrice Yang Kwei Fei
(yokihi)

Film de Kenji Mizoguchi - 1955
Scénario : Matsutarô Kawaguchi, Masashige Narusawa, Tao Qin, Yoshikata Yoda
Assistant réalisateur : Yasuzo Masumura
Producteurs : Masaichi Nagata, Run Run Shaw
Musique originale : Fumio Hayasaka
Image : Kôhei Sugiyama
Historien conseiller : Lu Shihoahou
Interprétation : Machiko Kyô, Masayuki Mori, Sô Yamamura, Eitarô Shindô, Eitarô Ozawa, Haruko Sugimura, Yôko Minamida, Bontarô Miyake, Tatsuya Ishiguro, Michiko Ai, Noboru Kiritachi, Osamu Maruyama, Sachiko Murase, Chieko Murata, Kinzo Shin, Isao Yamagata


Commentaire du coffret Opening
Premier film tourné en Eastmancolor par Mizoguchi, co-produit par la Shaw Brothers de Hong-Kong et réalisé dans les studios de Taiwan, adapté d’un poème historique de Hakarakuten, Poème du regret persistant [cho kon ka] par le scénariste chinois Tô-shin en collaboration avec 3 scénaristes japonais dont Yoda, son histoire est celle de l’accession au trône de Kwei-Fei, sorte de Cléopâtre chinoise du VIIIe siècle nommée Yo-kihi, et de sa chute politique qui amène sa mort et laisse l’empereur veuf et désolé.
Mal à l’aise avec un univers historique qu’il connaît mal, Mizoguchi insiste sur la normalité populaire des origines de l’impératrice par la suite transfigurée en symbole vivant que la contrainte fait renaître sous une forme encore plus gracieuse et digne. Il livre ainsi un de ses films les plus authentiquement personnels. Méditation sur l’amour, la mort, la souffrance, le mal, le regret, le désespoir, l’espoir, la mémoire, la poésie, le film est conçu comme un souvenir revenu à la vie l’espace d’un instant, avec une force si grande qu’il annule définitivement la réalité.
Film romantique et mélancolique, film d’esthète aussi dont les exigences étaient si dures que l’actrice principale Machiko Kyo avouait à Kaneto Shindo en 1975 qu’elle avait l’impression d’être devenue un « morceau de bois ». Magnifiques aussi Yoko Minamida et Masayuki Mori, acteur jouant l’empereur à qui Mizoguchi alluma sa cigarette à l’issue d’une séquence en remerciement de son travail, fait unique dans sa carrière.

Film de Kenji Mizoguchi - 1955
Scénario : Matsutarô Kawaguchi, Masashige Narusawa, Tao Qin, Yoshikata Yoda
Assistant réalisateur : Yasuzo Masumura
Producteurs : Masaichi Nagata, Run Run Shaw
Musique originale : Fumio Hayasaka
Image : Kôhei Sugiyama
Historien conseiller : Lu Shihoahou
Interprétation : Machiko Kyô, Masayuki Mori, Sô Yamamura, Eitarô Shindô, Eitarô Ozawa, Haruko Sugimura, Yôko Minamida, Bontarô Miyake, Tatsuya Ishiguro, Michiko Ai, Noboru Kiritachi, Osamu Maruyama, Sachiko Murase, Chieko Murata, Kinzo Shin, Isao Yamagata


Commentaire du coffret Opening
Premier film tourné en Eastmancolor par Mizoguchi, co-produit par la Shaw Brothers de Hong-Kong et réalisé dans les studios de Taiwan, adapté d’un poème historique de Hakarakuten, Poème du regret persistant [cho kon ka] par le scénariste chinois Tô-shin en collaboration avec 3 scénaristes japonais dont Yoda, son histoire est celle de l’accession au trône de Kwei-Fei, sorte de Cléopâtre chinoise du VIIIe siècle nommée Yo-kihi, et de sa chute politique qui amène sa mort et laisse l’empereur veuf et désolé.
Mal à l’aise avec un univers historique qu’il connaît mal, Mizoguchi insiste sur la normalité populaire des origines de l’impératrice par la suite transfigurée en symbole vivant que la contrainte fait renaître sous une forme encore plus gracieuse et digne. Il livre ainsi un de ses films les plus authentiquement personnels. Méditation sur l’amour, la mort, la souffrance, le mal, le regret, le désespoir, l’espoir, la mémoire, la poésie, le film est conçu comme un souvenir revenu à la vie l’espace d’un instant, avec une force si grande qu’il annule définitivement la réalité.
Film romantique et mélancolique, film d’esthète aussi dont les exigences étaient si dures que l’actrice principale Machiko Kyo avouait à Kaneto Shindo en 1975 qu’elle avait l’impression d’être devenue un « morceau de bois ». Magnifiques aussi Yoko Minamida et Masayuki Mori, acteur jouant l’empereur à qui Mizoguchi alluma sa cigarette à l’issue d’une séquence en remerciement de son travail, fait unique dans sa carrière.
18 mai 2005
L'intendant Sansho
(sansho dayu)

Film de Kenji Mizoguchi - 1954
Production : Masaichi Nagata (studios Daiei)
Scénario : Yoshikata Yoda, Fuji Yahiro, d'après un roman de Ogai Mori
Photo : Kazuo Miyagawa
Musique : Tamekichi Mochizuki, Fumio Hayasaka
Montage : Mitsuzo Miyata
Interprétation : Kinuyo Tanaka, Ryosuke Kagawa, Yoshiaki Hanayagi, Kyoko Kagawa, Eitaro Shindo, Ryosuke Kagawa, Akitake Kono, Ichirô Sugai, Bontarô Miyake, Kikue Mori

Lion d'Argent à Venise 1954

Commentaire du coffret Opening
Premier des trois films réalisés par Mizoguchi en 1954 avant Les amants crucifiés et Uwasa no onna [Une femme dont on parle / La femme crucifiée], L’intendant Sansho (ou Sancho, au gré des filmographies des diverses études sur le maître) est adapté par Yoshikata Yoda et Yahiro Fuji d’un roman historique d’Ogai Mori (1862-1922) retraçant une légende médiévale du XIe siècle.
Un gouverneur est destitué pour sa trop grande moralité envers les paysans et les pauvres : sa famille le rejoint sept ans plus tard mais la mère, sa fille et son fils sont enlevés par des criminels qui prostituent la mère sur une île lointaine et vendent le fils et la fille au terrible intendant Sansho (Eitaro Shindo), qui règne sur un camp d’esclaves faisant partie du domaine privé d’un ministre. Le sacrifice de la sœur permettra au fils adulte mais corrompu de se régénérer moralement, de devenir à son tour gouverneur, d’abolir l’esclavage et de faire justice avant de partir à la recherche de sa mère sur l’île de Sado.
Ligne mélodramatique en apparence simple mais dont le traitement est complexe (retour en arrières entrecroisés) et marie peinture historique, sociale, psychologique et morale avec une virtuosité ahurissante. À la description d’un microcosme infernal, Mizoguchi mêle deux portraits de femmes hallucinants de présence, la mère (Kinuyo Tanaka) et la sœur (Kyoko Kagawa) de Zushio (Yoshiaki Hanayaki), le héros du film. Comme dans tous les très grands films de Mizoguchi, la condition de l’homme et de la femme sont matières à une réflexion quasi-religieuse et philosophique symbolisée par le réalisme lui-même de la narration. Un des exemples de ce réalisme symbolique si différent du néo-réalisme ou du simple réalisme dont seul les cinéastes japonais sont capables.
Ce film de 118 mn est l’un des deux plus longs présentés dans ces deux coffrets, l’autre étant La vie d’O’Haru, femme galante tandis que les autres films présentés durent de 80 à 100 mn en moyenne suivant les titres. La mise en scène est d’une telle puissance qu’on n’y voit pas le temps passer. Les séquences finales sur l’île de Sado comptent parmi les plus impressionnantes du cinéma de Mizoguchi en raison de leur tension psychologique et de leur rigueur esthétique.

Commentaire de Jacques Lourcelles
Le Japon du XIème siècle. Une femme, Tamaki, traverse la forêt avec son fils de treize ans, Zushio, sa fille de huit ans, Anju et une servante. Six ans auparavant, son mari, gouverneur de la province de Putsu, a été exilé pour avoir pris le parti de paysans dont on exigeait un trop lourd tribut. Avant de partir, il a demandé à son fils de ne jamais oublier ces paroles : "Un homme fermé à la pitié n'est pas humain. Sois dur pour toi-même et généreux pour les autres. Tous sont égaux et ont droit au bonheur". Tamaki a vécu six ans avec ses parents, puis ils sont morts et son frère l'a chassée.
Au cours de son périple avec ses enfants, elle sera capturée par des marchands d'esclaves qui la vendront comme courtisane dans la lointaine île de Sado. Zushio et Anju sont vendus comme esclaves à l'intendant Sansho qui gère, dans la province de Tango, un domaine appartenant au ministère de la Justice. Ses méthodes sont féroces et impitoyables. Ses esclaves travaillent comme des bêtes et ceux qui tentent de fuir, hommes ou femmes, jeunes ou vieillards, sont marqués sur le front au fer rouge. Les deux enfants ne trouvent de compassion à leur égard que chez Taro, le propre fils de Sansho, qui réprouve les méthodes de son père.
Dix ans ont passé, Zushio s'est endurci et Anju, qui est restée la même, lui reproche sa cruauté. Elle apprend d'une esclave récemment arrivée que, sur l'île de Sado, se trouve une courtisane surnommée la Dame, qui chante perpétuellement une complainte où reviennent deux noms, Zushio et Anju. Zushio se décide alors à fuir avec sa sœur.
Mais pour permettre la fuite de son frère, Anju se noie volontairement dans un lac. Ayant réussi à rejoindre Kyoto et à faire reconnaître sa véritable identité par un ministre, Zushio apprend que son père est décédé, et lui succède comme gouverneur de la province où opère Sansho : après avoir fait arrêter Sansho et libérer les esclaves, il démissionne et retourne à l'île de Sado pour retrouver sa mère, devenue une vieille femme infirme et aveugle, qu'il rejoindra sur une plage déserte.
D'une façon minoritaire dans l'œuvre de Mizoguchi, c'est ici par son sujet et ses personnages, un film plus masculin que féminin ; et l'oppression qu'il dépeint touche autant les hommes que les femmes, les enfants que les adultes. A travers les malheurs de Tamaki, de Zushio et d'Anju, Mizoguchi a voulu décrire l'aube des valeurs morales à une époque où elles ne sont pas encore des valeurs objectives mais seulement le parti pris de quelques uns (ex. le père de Zushio).

Film de Kenji Mizoguchi - 1954
Production : Masaichi Nagata (studios Daiei)
Scénario : Yoshikata Yoda, Fuji Yahiro, d'après un roman de Ogai Mori
Photo : Kazuo Miyagawa
Musique : Tamekichi Mochizuki, Fumio Hayasaka
Montage : Mitsuzo Miyata
Interprétation : Kinuyo Tanaka, Ryosuke Kagawa, Yoshiaki Hanayagi, Kyoko Kagawa, Eitaro Shindo, Ryosuke Kagawa, Akitake Kono, Ichirô Sugai, Bontarô Miyake, Kikue Mori

Lion d'Argent à Venise 1954

Commentaire du coffret Opening
Premier des trois films réalisés par Mizoguchi en 1954 avant Les amants crucifiés et Uwasa no onna [Une femme dont on parle / La femme crucifiée], L’intendant Sansho (ou Sancho, au gré des filmographies des diverses études sur le maître) est adapté par Yoshikata Yoda et Yahiro Fuji d’un roman historique d’Ogai Mori (1862-1922) retraçant une légende médiévale du XIe siècle.
Un gouverneur est destitué pour sa trop grande moralité envers les paysans et les pauvres : sa famille le rejoint sept ans plus tard mais la mère, sa fille et son fils sont enlevés par des criminels qui prostituent la mère sur une île lointaine et vendent le fils et la fille au terrible intendant Sansho (Eitaro Shindo), qui règne sur un camp d’esclaves faisant partie du domaine privé d’un ministre. Le sacrifice de la sœur permettra au fils adulte mais corrompu de se régénérer moralement, de devenir à son tour gouverneur, d’abolir l’esclavage et de faire justice avant de partir à la recherche de sa mère sur l’île de Sado.
Ligne mélodramatique en apparence simple mais dont le traitement est complexe (retour en arrières entrecroisés) et marie peinture historique, sociale, psychologique et morale avec une virtuosité ahurissante. À la description d’un microcosme infernal, Mizoguchi mêle deux portraits de femmes hallucinants de présence, la mère (Kinuyo Tanaka) et la sœur (Kyoko Kagawa) de Zushio (Yoshiaki Hanayaki), le héros du film. Comme dans tous les très grands films de Mizoguchi, la condition de l’homme et de la femme sont matières à une réflexion quasi-religieuse et philosophique symbolisée par le réalisme lui-même de la narration. Un des exemples de ce réalisme symbolique si différent du néo-réalisme ou du simple réalisme dont seul les cinéastes japonais sont capables.
Ce film de 118 mn est l’un des deux plus longs présentés dans ces deux coffrets, l’autre étant La vie d’O’Haru, femme galante tandis que les autres films présentés durent de 80 à 100 mn en moyenne suivant les titres. La mise en scène est d’une telle puissance qu’on n’y voit pas le temps passer. Les séquences finales sur l’île de Sado comptent parmi les plus impressionnantes du cinéma de Mizoguchi en raison de leur tension psychologique et de leur rigueur esthétique.

Commentaire de Jacques Lourcelles
Le Japon du XIème siècle. Une femme, Tamaki, traverse la forêt avec son fils de treize ans, Zushio, sa fille de huit ans, Anju et une servante. Six ans auparavant, son mari, gouverneur de la province de Putsu, a été exilé pour avoir pris le parti de paysans dont on exigeait un trop lourd tribut. Avant de partir, il a demandé à son fils de ne jamais oublier ces paroles : "Un homme fermé à la pitié n'est pas humain. Sois dur pour toi-même et généreux pour les autres. Tous sont égaux et ont droit au bonheur". Tamaki a vécu six ans avec ses parents, puis ils sont morts et son frère l'a chassée.
Au cours de son périple avec ses enfants, elle sera capturée par des marchands d'esclaves qui la vendront comme courtisane dans la lointaine île de Sado. Zushio et Anju sont vendus comme esclaves à l'intendant Sansho qui gère, dans la province de Tango, un domaine appartenant au ministère de la Justice. Ses méthodes sont féroces et impitoyables. Ses esclaves travaillent comme des bêtes et ceux qui tentent de fuir, hommes ou femmes, jeunes ou vieillards, sont marqués sur le front au fer rouge. Les deux enfants ne trouvent de compassion à leur égard que chez Taro, le propre fils de Sansho, qui réprouve les méthodes de son père.
Dix ans ont passé, Zushio s'est endurci et Anju, qui est restée la même, lui reproche sa cruauté. Elle apprend d'une esclave récemment arrivée que, sur l'île de Sado, se trouve une courtisane surnommée la Dame, qui chante perpétuellement une complainte où reviennent deux noms, Zushio et Anju. Zushio se décide alors à fuir avec sa sœur.
Mais pour permettre la fuite de son frère, Anju se noie volontairement dans un lac. Ayant réussi à rejoindre Kyoto et à faire reconnaître sa véritable identité par un ministre, Zushio apprend que son père est décédé, et lui succède comme gouverneur de la province où opère Sansho : après avoir fait arrêter Sansho et libérer les esclaves, il démissionne et retourne à l'île de Sado pour retrouver sa mère, devenue une vieille femme infirme et aveugle, qu'il rejoindra sur une plage déserte.
D'une façon minoritaire dans l'œuvre de Mizoguchi, c'est ici par son sujet et ses personnages, un film plus masculin que féminin ; et l'oppression qu'il dépeint touche autant les hommes que les femmes, les enfants que les adultes. A travers les malheurs de Tamaki, de Zushio et d'Anju, Mizoguchi a voulu décrire l'aube des valeurs morales à une époque où elles ne sont pas encore des valeurs objectives mais seulement le parti pris de quelques uns (ex. le père de Zushio).
11 mai 2005
Les amants crucifiés
(chikamatsu monogatari)
Film de Kenji Mizoguchi - 1954

Producteur : Masaichi Nagata
Scénario : Yoshikata Yoda
Directeur de la photographie : Kazuo Miyagawa
Scénographie : Hiroshi Mizutani
Musique : Fumio Hayasaka
Montage : Kanji Sugawara
Interprétation : Kazuo Hasegawa, Kyoko Kagawa, Eitaro Shindo, Sakae Ozawa, Hisao Toake, Haruo Tanaka, Ichiro Sugai, Chieko Naniwa, Minamida, Yoko, Tatsuya Ishiguro
Les Amants crucifiés a obtenu le Lion d'Argent à Venise en 1955. Pour le même film, Kenji Mizoguchi a reçu le Blue Ribbon Award du Meilleur réalisateur la même année. Les Blue Ribbon Awards sont l'une des cérémonies majeures du septième art au Japon.

Critique du coffret Opening
Le film le plus romantique des grands classiques : il y passe le souffle absolu de la passion amoureuse opposée à tout le reste. Et cette opposition est d’emblée placée sous le signe de la mort. Le film est divisé nettement en deux parties - la naissance de la passion clandestine entre Mohei (Kasuo Hasegawa) et sa patronne Osan (Kyoko Kagawa) puis leur fuite dans des conditions de plus en plus rude et inhumaine - qui s’ouvrent et s’achèvent sur une marche au supplice. Le scénario s’inspire de La légende du grand parcheminier [Daikyoshi mukashi goyomi], une pièce de théâtre célèbre de l’écrivain Monzéamon Chikamatsu (1653-1724) dont l’action se passe à Kyoto au XIIIe siècle.
C’est sans doute le film de Mizoguchi le plus proche et le plus accessible à un européen de culture classique : bien des comparaisons littéraires peuvent être faites aisément et le lyrisme qui éclate plus d’une fois dans certaines séquences, l’accélération du rythme de la poursuite dans la seconde partie, sont des éléments universels qui nous sont très proches du point de vue narratif. Mais le film n’est pas moins japonais pour autant et les multiples signes de la passion naissante y relèvent de codes et de techniques d’éclairage que le public local saisissait immédiatement : l’étrangeté pour le néophyte des us et coutumes de cette époque lointaine est rapidement éclaircie par la rigueur de la mise en scène, son propos simple et direct.
Le cinéma érotique et fantastique de la révolte absolue des années 1960-1970 est directement redevable à des films comme Les amants crucifiés et La rue de la honte. Mizoguchi n’a pas été, filmograpiquement parlant, un peintre systématique de la révolte ou de la lutte (le méconnu et rare La femme crucifiée (1954) réconciliait par exemple la patronne d’un bordel et sa fille) mais des films comme ceux-ci ont contribué à cette perspective critique occidentale au plus haut degré.
Film de Kenji Mizoguchi - 1954

Producteur : Masaichi Nagata
Scénario : Yoshikata Yoda
Directeur de la photographie : Kazuo Miyagawa
Scénographie : Hiroshi Mizutani
Musique : Fumio Hayasaka
Montage : Kanji Sugawara
Interprétation : Kazuo Hasegawa, Kyoko Kagawa, Eitaro Shindo, Sakae Ozawa, Hisao Toake, Haruo Tanaka, Ichiro Sugai, Chieko Naniwa, Minamida, Yoko, Tatsuya Ishiguro
Les Amants crucifiés a obtenu le Lion d'Argent à Venise en 1955. Pour le même film, Kenji Mizoguchi a reçu le Blue Ribbon Award du Meilleur réalisateur la même année. Les Blue Ribbon Awards sont l'une des cérémonies majeures du septième art au Japon.

Critique du coffret Opening
Le film le plus romantique des grands classiques : il y passe le souffle absolu de la passion amoureuse opposée à tout le reste. Et cette opposition est d’emblée placée sous le signe de la mort. Le film est divisé nettement en deux parties - la naissance de la passion clandestine entre Mohei (Kasuo Hasegawa) et sa patronne Osan (Kyoko Kagawa) puis leur fuite dans des conditions de plus en plus rude et inhumaine - qui s’ouvrent et s’achèvent sur une marche au supplice. Le scénario s’inspire de La légende du grand parcheminier [Daikyoshi mukashi goyomi], une pièce de théâtre célèbre de l’écrivain Monzéamon Chikamatsu (1653-1724) dont l’action se passe à Kyoto au XIIIe siècle.
C’est sans doute le film de Mizoguchi le plus proche et le plus accessible à un européen de culture classique : bien des comparaisons littéraires peuvent être faites aisément et le lyrisme qui éclate plus d’une fois dans certaines séquences, l’accélération du rythme de la poursuite dans la seconde partie, sont des éléments universels qui nous sont très proches du point de vue narratif. Mais le film n’est pas moins japonais pour autant et les multiples signes de la passion naissante y relèvent de codes et de techniques d’éclairage que le public local saisissait immédiatement : l’étrangeté pour le néophyte des us et coutumes de cette époque lointaine est rapidement éclaircie par la rigueur de la mise en scène, son propos simple et direct.
Le cinéma érotique et fantastique de la révolte absolue des années 1960-1970 est directement redevable à des films comme Les amants crucifiés et La rue de la honte. Mizoguchi n’a pas été, filmograpiquement parlant, un peintre systématique de la révolte ou de la lutte (le méconnu et rare La femme crucifiée (1954) réconciliait par exemple la patronne d’un bordel et sa fille) mais des films comme ceux-ci ont contribué à cette perspective critique occidentale au plus haut degré.
Inscription à :
Articles (Atom)