28 juin 2005

Prochain Cycle ?

Proposition 1 : Cycle Comédie Musicale

THE WIZARD OF OZ (1939)
SINGIN’ IN THE RAIN (1959)
WEST SIDE STORY (1960)
CABARET (1972)
NEW YORK NEW YORK (1977)
HAIR (1979)
THE BLUES BROTHERS (1980)
THE COMMITMENTS (1991)

Proposition 2 : Cycle Gastronomie, cuisine
la regle est simple; chacun apporte un film (DVD) ayant pour sujet la gastronomie ou la cuisine.

Proposition 3 : je n'ai pas de proposition 3 (désolé).

Le coup de coeur de François O.




Fellini Roma
Film de Federico Fellini - 1972
Production : Turi Vasile (Produzioni Europee Associati (PEA), Ultra Films)
Scénario : Federico Fellini, Bernardino Zapponi
Photo : Giuseppe Rotunno
Musique : Nino Rota
Montage : Ruggero Mastroianni
Interprétation : Peter Gonzales, Pia De Doses, Fiona Florence, Federico Fellini, Alberto Sordi, Britta Barnes

01 juin 2005

Le héros sacrilège

(shin heike monogatari)


Film de Kenji Mizoguchi - 1955
Scénario : Yoshikata Yoda, Kyuchi Tsuji, Masashige Narusawa, d’après le roman d'Eiji Yoshikawa "La pierre et le sabre"
Photos : Kazuo Miyagawa
Musique : Fumio Hayasaka
Production : Daiei
Décors : Hiroshi Mizutani
Interprétation : Eitaro Shindo, Michiyo Kogure, Raizo Ichikawa, Yoshiko Kuga, Ichijiro Oya


Commentaire du coffret Opening

Le scénario de ce second (et dernier) film tourné en Eastmancolor par Mizoguchi est adapté d’un roman contemporain d’Eiji Yoshikawa qui adaptait lui-même le Heike monogatari (« conte de Heike ») rédigé par un anonyme inconnu et dont l’action se passe au XIIIe siècle, à une époque où le Japon est déchiré entre deux empereurs, plusieurs clans dépravés de nobles et de prêtres : c’est l’histoire de la chute de l’ère Heian (784-1185) et de la naissance de l’ère Kamakura (1185-1332), chute et naissance organisée par la victoire des samouraïs du clan Taira contre une oligarchie corrompue. Le titre alternatif du film est d’ailleurs La saga du clan Taira ou Nouvelle histoire du clan Taira.

De cette vaste intrigue historique dont la suite sera réalisée par Teinosuke Kinugasa, Mizoguchi s’est attaché à une seconde intrigue : la découverte de ses origines par un jeune homme, découverte qui remet en question sa vision du monde et lui permet de triompher des apparences et du mal. Absolument unies par la dynamique de l’histoire, ces deux luttes collectives et personnelles sont menées d’une manière rigide, directe, tendue toute entière vers leurs issues liées et concomitantes. Mizoguchi a intériorisé l’histoire japonaise et l’a symbolisé dans le destin d’un individu dont tout dépend, qui préserve l’Empereur du Japon comme symbole de l’unité. Vision religieuse et nationaliste pure, critique de l’arrivisme et des classes inutiles, revendication de la noblesse guerrière : Mizoguchi n’avait-il pas tourné déjà un Genroku Chushingura [La vengeance des 47 Ronins] (1942) exaltant de tels thèmes ?

On dit qu’il n’aimait pas diriger de plans avec une trop nombreuse figuration mais il faut avouer qu’ils sont dirigés à la perfection : on sait que des jeunes gens émérites comme Shindo ou Masumura étaient ses assistants de l’époque, il est vrai. Mais la partie proprement intemporelle et symbolique du récit est typiquement mizoguchienne, elle : sa rigueur, son dynamisme interne, épuré et lointain, maintiennent constamment l’intérêt du spectateur le plus étranger à son thème. Et l’ensemble force la plus constante estime, le plus vif intérêt tout du long tant Mizoguchi manifeste ici sa magistrale maîtrise, la hauteur sublime de son point de vue, point conciliant sans effort drame national et drame individuel en une même épopée.


Présentation de Cinéasie

Deuxième film en couleurs de l'un des plus grand cinéaste japonais et avant dernière réalisation de son impressionnante filmographie, Le héros sacrilège est un ultime testament de ce que l'on peut sans complexe appeler l'âge d'or du cinéma japonais et une preuve de l'étonnante faculté de Kenji Mizoguchi à aborder une multitude de thèmes avec succès au sein d'une même œuvre. Oeuvre politique par défaut, retraçant l'ascension au pouvoir des samouraïs mais aussi les luttes de classe de l'époque, Kenji Mizoguchi nous offre un film d'une splendide beauté, passionnant, à voir et à revoir pour les multiples lectures qu'il offre au spectateur.

S'éloignant quelque peu de son thème de prédilection, à savoir le statut de la femme dans la société japonaise, Kenji Mizoguchi, en s'inspirant de l'écrivain Eiji Yoshikawa, réalise un drame épique, par l'intermédiaire d'un découpage en séquences quasi théâtrales, de l'ascension d'un jeune samouraï du clan Taïra, Kiyomori, qui va défier les croyances et cultes d'alors. Jidai-geki en puissance (films historiques), prenant racine à Kyoto en 1137 (c'était alors la capitale japonaise), le héros sacrilège est avant tout une mise en image des luttes des classes de l'époque opposant les deux empereurs d'alors (l'empereur officiel et l'ex-empereur retiré dans sa cour cloîtrée mais continuant à exercer son influence), les courtisans avides de richesses, les moines sans scrupules usant de la superstitions des palanquins sacrés (censé contenir les âmes des défunts empereurs) pour perpétrer leur terreur, et les samouraïs, pauvres et au service des empereurs, exploités et dénigrés. C'est dans ce contexte plutôt instable, bien rendu par la panique quotidienne des paysans (on hausse les prix des marchandises en vue de se créer une petit épargne pour survivre à une éventuelle guerre) que la classe des samouraïs va s'émanciper et se libérer de la tutelle quasi esclavagiste qui la liait aux empereurs.

Sans être totalement objective, la vision de l'appareil politique féodal est correctement mis en scène avec les éternel(le)s courtisan(e)s se prostituant moralement (pour les hommes) ou physiquement (pour les femmes) afin de s'élever socialement, des moines abusant du pouvoir divin qui leur est confié pour se faire respecter, infligeant des coups à quiconque s'oppose à eux et enfin les samouraïs, dont la vision est totalement différente de celle présentée par Akira Kurosawa, par exemple dans Les sept samouraïs, où ceux ci apparaissaient aux yeux des paysans comme des brigands. Ici, le samouraï nous est présenté comme un être intègre, serviable, presque miséricordieux, la sagesse de son esprit et par conséquence de son sabre provenant de sa pauvreté.

Il est vrai que l'époque est quand même différente puisque l'avènement de la classe des samouraïs se préparaient à peine alors que plus tard ils finiront eux aussi par semer la terreur notamment par les biais des seigneurs de guerre. Ce qui peut expliquer la différence dans le traitement du personnage entre Le héros sacrilège et Les sept samouraïs. Le samouraï de Mizoguchi est un être exploité, frustré et malheureux, qui ne doit pas hésiter à donner sa vie pour une cause qui lui est étrangère. Une injustice qui va finir par révéler à Kiyomori le misérabilisme de leur vie, et lui insuffler la force nécessaire pour y remédier ; c'est en bravant les interdits et les croyances qu'il va devenir le héros sacrilège et mettre un terme à toutes ces guerres de pouvoir.

Mais la où l'œuvre de Mizoguchi tire sa force et son attrait c'est qu'il ne se cantonne pas à être un simple film politique : là où il aurait pu n'être qu'un film contestataire sur les abus de pouvoir de l'époque, il préfère en revanche se concentrer sur le personnage de Kiyomori et notamment sur le sens de sa filiation, torturé par l'ignorance partielle de son géniteur. Élément déclencheur des hostilités, partagé entre le sang noble d'un père qui l'a abandonné et l'âme d'un samouraï l'ayant élevé, fils d'une mère indigne louant ses charmes au pouvoir, les révélations successives concernant l'hypocrisie sur sa naissance vont forger le caractère du jeune homme et le conduire à renier ses véritables origines, de faire parler le cœur au sang.

Pour raconter cette fresque épique, malheureusement bien trop courte (comme tout les bons films), le réalisateur et son équipe ont réalisé un travail titanesque sur l'harmonie des couleurs, la qualité des costumes mais aussi, d'un point de vue narratif puisqu'il s'agit ici d'une succession perpétuelle de scènes quasi figées, où seule la caméra se permet d'agrandir ou de rétrécir selon les besoins le champ d'action. En cela on a l'impression d'assister à un véritable spectacle, d'autant plus passionnant qu'il est d'une lisibilité extrême s'affranchissant du spectaculaire au profit de l'humain. Musicalement, on reste dans la veine des jidai geki de l'époque, avec des thèmes forts assez militarisés dans l'ensemble et un sens de la tragédie et du drame exemplaire.

Kenji Mizoguchi est un esthète, un poète, un magicien. En réalisant Le héros sacrilège, il nous offre une œuvre intemporelle, qui contrairement à nombre de films, devient de plus en plus belle avec l'âge. Dotée d'un sens de la narration incontestable et servie par une superbe réalisation, il s'agit ici d'un véritable chef d'œuvre du cinéma japonais que tout amateur de cinéma asiatique se doit de regarder. Culturel, politique, artistique et émouvant, Le héros sacrilège sort enfin sur le territoire français pour notre plus grand bonheur et il serait véritablement dommage de s'en priver.