
Film de Kenji Mizoguchi - 1952
Scénario : Yoshikata Yoda, d'après "Une femme de volupté" de Saikaku Ihara
Photos : Yoshimi Hirano
Musique : Ichiro Saito
Montage : Toshio Goto
Production : Hideo Koi, pour Shintoho
Interprétation : Kinuyo Tanaka, Ichiro Sugai, Tsukie Matsuura, Toshiro Mifune

Grand classique analysé dans toutes les histoires du cinéma, c’est l’un des films de Mizoguchi les plus célèbres en Occident, l’un de ceux considérés en France comme des chef-d’œuvre.
Il dépeint la déchéance sociale d’une héritière d’une famille de petits samouraïs installée à Osaka dans le Japon du XVIIe siècle, qui tombe petit à petit, par un enchaînement picaresque et tragique, du statut de noble courtisane à celui de prostituée grelottante de froid. Histoire fidèle à celle dépeinte dans Une femme de volupté (Koshoku ichidai onna), le roman classique de Saikaku Ibara (1642-1736) que Mizoguchi admirait.
Le film obtint un Lion d’argent au Festival de Venise 1952 : ce fut le premier Mizoguchi à être ainsi primé hors du Japon et il en fut très fier. Mizoguchi réfléchissait à l’adaptation de cette histoire depuis son installation à Kyoto, des années auparavant. Le sujet lui tenait particulièrement à cœur. Tous les aspects de son cinéma y sont juxtaposés : c’est une introduction parfaite à son univers filmique.

Au XVIIe siècle au Japon, une prostituée âgée observe les différentes images de Bouddha dans un temple, et se remémore son passé : autrefois servante au Palais Impérial de Kyoto, O Haru fut surprise avec Katsunosuke, son soupirant, de rang inférieur, qui, pour avoir enfreint l'étiquette de la cour, fut décapité, tandis qu'elle était exilée. Après avoir tenté de se suicider, elle est choisie comme concubine d'un riche seigneur, mais, dès qu'elle lui a donné un fils, est répudiée, pour avoir provoqué la jalousie de l'épouse légale. Bientôt vendue à une maison de Geisha, elle est sur le point d'être "rachetée" par un client lorsqu'on découvre que c'est un faussaire. Une fois retournée chez ses parents, ceux-ci la placent comme servante chez un marchand, Sasaya, dont la femme est excessivement jalouse et la brime : pour se venger, O Haru, qui a découvert que l'épouse était chauve et portait une perruque à l'insu de son mari, fait révéler ce secret. Renvoyée, elle n'a plus d'autre solution que de devenir "femme galante", mais finit comme prostituée de bas étage, puis mendiante, après avoir vainement tenté de voir son fils, devenu seigneur de haut rang. À la fin, de nouveau dans le temple aux mille Bouddhas, O Haru et ses compagnes remarquent en riant que leurs diverses expressions évoquent celles d'hommes qu'elles ont connues. Et O Haru reste solitaire et méprisée.
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