
Film de Clint Eastwood - 1973
Production : Robert Daley, Jo Heims & Jennings Lang; The Malpaso Company
Scénario : Jo Heims
Musique : Michel Legrand
Directeur de la photographie : Frank Stanley
Directeur artistique : Alexander Golitzen
Montage : Ferris Webster
Interprétation : William Holden, Kay Lenz, Roger C. Carmel, Marj Dusay, Joan Hotchkis, Jamie Smith-Jackson, Norman Bartold, Lynn Borden, Shelley Morrison, Dennis Olivieri, Eugene Peterson
Récompenses
En 1974, le film est nommé à trois reprises aux Golden Globes, pour Michel Legrand, Meilleure Musique et Meilleure Chanson Originale (Breezy's Song) et pour Kay Lenz, Meilleur Espoir Féminin.

Présentation d’Anne-Laure Bell sur Fluctuat
Libre comme l'air
Le troisième film produit et réalisé par Clint Eastwood ressort sur les écrans. Échec commercial injustifié lors de ses premières projection en 1975, il développe déjà de façon étonnante les thèmes les plus chers au réalisateur : la vieillesse, la liberté, l'ouest.
Dans une esthétique calme et pondérée, faite de longs plans et d'une lumière aux teintes oranges, très particulière aux films des années 70, on suit le personnage de Breezy, jeune hippie qui au hasard de ses rencontres tombe amoureuse d'un agent immobilier quinquagénaire.
La confrontation de leurs valeurs à priori opposées soutient un discours de la sincérité. En dessous des masques des a priori de l'âge et du pouvoir de la propriété, sommeille toujours un homme sincère. Tout le défi du film consistera en son éveil. Eastwood ne nous présente jamais une leçon, ce n'est déjà pas son habitude. Il pose judicieusement sa caméra et laisse faire scénario et acteurs qu'il dirige à la perfection. Les sentiments et révoltes intérieures se dessinent petit à petit sur l'écran. Les images, si douces et tranquilles soient-elles, traduisent dans une métonymie la violence contenue des personnages envers ces questions cruciales, chacun jouant sa vie et son intégrité. Cette confrontation amène le spectateur à vivre une proximité avec les personnages. Interprétés avec une retenue très intimiste, tous trahissent leurs peurs au détour d'un plan.
Breezy, comme son nom l'indique, est libre comme l'air, joyeuse comme un tourbillon. Sa situation financière l'amène à s'imposer peu à peu dans la vie de l'agent immobilier. Tout d'abord refuge et père protecteur, il est d'abord l'homme mûr et agacé face à l'enfant turbulente. Bouleversant ses habitudes, elle questionne mine de rien son mode de vie. Ses apparitions au hasard, sa conception de l'investissement et de la sincérité, modifie le regard d'un homme sur les rails sociaux du plaisir. Occupé à son succès et à la conservation de son pouvoir tant physique que social, ramenant de belles et riches femmes chez lui le temps d'une soirée de plaisir, il s'arrête face à ce regard neuf sur le monde, face à une jeune fille ayant traversé les États-Unis pour voir l'Océan Pacifique.
D'abord flatté, il ne s'investira dans cette relation amoureuse qu'au moment où il posera ses armes, lâchera sa peur du ridicule et la regardera en tant que femme. L'un à l'égal de l'autre, ayant la même capacité à blesser l'autre, ils ne s'épargnent aucune douleur, aucune question. Après les avoir résolues sans complaisance, ils se retrouvent pour commencer à se rencontrer et tisser les liens d'un couple sans apparats.

Critique de Sophie sur chronique.com du 2 septembre 2002
Respirez, c'est du cinéma !
Riche et intense
Quand Eastwood attaque Breezy, il déjà derrière lui l'échec relatif de son premier essai derrière la caméra (Play Misty for me, 1971), film intimiste qui casse avec l'image de macho qu'il traîne alors. Suite à cette déconvenue il tourne L'Homme des hautes Plaines (1973), produit par Universal et Malpaso (sa société de production) qui remporte un vif succès.
Il en profite pour réaliser dans la foulée un film qui lui tient plus à cœur, alors qu'une autre étiquette lui colle à la peau : celle de fasciste de première (Cf. Dirty Harry).
Breezy développe deux thèmes chers au cinéaste, la tolérance et les États-Unis du début des années 70, plus précisément le contexte de l'après guerre du Vietnam… Ce film sera le plus gros échec d'Eastwood en tant que réalisateur/co-producteur…
Une histoire… d'amour
États-Unis, début des années 70. Franck, la cinquantaine largement sonnée, divorcé, mène une existence bien réglée entre des liaisons éphémères et un poste confortable d'agent immobilier. Quand Breezy, une jeune hippie qu'il a prise en stop, s'introduit dans son existence, c'est tout son bel équilibre qui est remis en question.
La leçon de cinéma
La mise en scène de Clint Eastwood est révélatrice de la qualité de ce cinéaste majeur : totalement au service de ses personnages et de l'histoire, discrète et sobre, et en même temps quelle force elle dégage !
Oui Breezy est un hymne à la tolérance, à la compréhension plutôt, dans un contexte qui ne s'y prêtait pas forcément. La drogue, l'amour d'un couple dont les amants ont une forte différence d'âge, il fallait oser ! Eastwood ose et va plus loin, plus subtilement.
Il y a cette façon de filmer le couple, de parler de l'amour, riche, profonde. La meilleure amie de Breezy, droguée, exprime le mal de vivre d'une génération qui a perdu ses repères dans un monde où elle ne se retrouve plus. Le collègue et ami de Franck rêve d'une liaison débridée mais l'alcool et la routine confortable d'homme marié lui conviennent bien plus qu'il n'ose l'avouer. Franck et Breezy ne leur ressemblent en rien. Leur liberté d'abord les rapproche, pourtant les raisons qui les motivent sont bien différentes : Franck papillonne pour se protéger, Breezy est la liberté même et balade sa candeur en bandoulière comme sa guitare dont elle ne se sépare jamais.
Leur lien, c'est les sentiments…
La différence d'âge, alors, ne compte pas. Les qu'en dira-t-on, non plus. Pourtant Franck est déchiré entre ce qu'il éprouve et le malaise face à l'opinion des "autres". William Holden est formidable dans ce rôle et donne à Franck une telle humanité, une telle sincérité, c'en est stupéfiant. En face de lui, il fallait bien un caractère comme Kay Lens, fraîche et superbe.
Le film, c'est à travers son point de vue qu'il se déroule. Eastwood ne juge pas. Même s'il est réaliste sur l'histoire d'amour de ses protagonistes. Nostalgique, parfois noir et sans illusion, mais riche et intense. Un très beau film.
2 commentaires:
Un très beau film tout en finesse, en sensibilité, qui doit beaucoup au charme et à la beauté de Key Lens.
Finalement c'est Katy qui a trouvé le DVD, et qui, maligne jusqu'au bout, l'a fait livrer directement au cinéma.
Vatel n'a pas eu à se faire harakiri avec la télécommande : le DVD est arrivé la veille de la séance, alors qu'elle était en vacances (heureux Yvan).
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